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George

Seamen's Club de Brest
George

Entretien avec George et Rafal dans la cour extérieure du club, en buvant de la bière. Nous avions pris rendez-vous deux jours auparavant, quand je leur avais expliqué ma motivation : faire connaître ces marins si proches de nous dans la ville, mais presque totalement ignorés. En même temps, j’avais dit à George que j’étais l’auteur des photos des Highlands exposées dans le local, sur lesquelles il avait reconnu une vue d’Inveraray, très proche de l’endroit où il habite, photo de sa maison sur le portable à l’appui. Ils ont réfléchi et accepté mon questionnement. Je n’utilise pas de matériel d’enregistrement et prends des notes à la volée.

Je leur dis en préambule que je ne mentionnerai que la première lettre de leur patronyme, que je ne nommerai pas leur bateau, et que j’éviterai les questions intimes, politiques ou religieuses. Même s’ils ne paraissent pas très concernés par ces précautions, elles resteront ma règle pour préserver la liberté de parole et la sécurité de mes prochains interlocuteurs.

Ils travaillent tous deux sur le même navire, qui est destiné à la pose de pipe-lines sous-marins ; il existe seulement un autre bateau de ce type dans le monde, aux États-Unis. Les missions qu’il accomplit peuvent durer de quelques semaines à plusieurs années. Il intervient dans le monde entier.

George et Rafal partagent certains avis sur leur existence à bord. Ils sont unanimes pour vanter les bonnes conditions de vie à bord, la bonne nourriture, avec trois plats au choix et des plats nationaux les jours de fête, le confort des cabines, la télévision, la connexion internet, ainsi que les bonnes relations entre les membres d’un équipage de l’ordre de deux cents personnes, de diverses nationalités. Ils se déclarent satisfaits de leur rémunération.

Ils disent tous deux que, lorsque le bateau est en cale sèche pour entretien, comme maintenant, le travail est plus dur qu’en mer où, selon eux, il n’y aurait plus qu’à surveiller que tout marche bien. Ils travaillent par périodes de six semaines alternées avec six semaines à terre, sept jours sur sept, de six heures du matin à six heures du soir. Quatre équipes se succèdent ainsi sur le navire.


George C. a 63 ans. Il habite à Lochgoilhead comté d’Argyll en Ecosse.

Il est marié et sa femme a eu trois enfants d’une précédente union.

La tradition maritime dans sa famille remonte à son grand-père qui fut steward sur un paquebot de croisière où il fut apprécié par le célèbre chanteur écossais de music-hall Harry Lauder, au point de lui proposer de le prendre à son service lorsqu’il partit en tournée aux US et de lui trouver un travail près d’un riche américain lorsqu’il déclina cette offre.

Avant de naviguer, George a travaillé comme son père et sa mère pour la firme Rolls Royce, travail qui les avait fait se rencontrer. Son père avait servi dans la RAF pendant la 2° guerre mondiale en Palestine.

Il a ensuite monté une entreprise de ferrailleur qui n’a pu selon lui assumer les charges fiscales imposées par le gouvernement de l’époque. Il prit un embarquement théoriquement pour deux ans à la suite de ce revers, mais ne quitta plus les bateaux sur lesquels il navigue depuis trente ans, en restant toujours sur des navires dédiés à l’industrie pétrolière, un an sur un tanker puis des poseurs de pipe-lines ou des navires affectés aux forages off-shore. Il a ainsi servi de nombreuses compagnies de nationalités diverses : BP, Stena…

Il exerce des responsabilités d’ingénieur dans un pool de cinq ; son ingénieur chef viendra nous rejoindre plus tard à notre table et évoquera en souriant la « scottish mafia » du bord. Un défaut de vision des couleurs lui a barré l’accès à toute tâche de pilotage.

Son pire souvenir professionnel est celui d’une tempête en mer du Nord sur l’Alliance, un navire dédié aux forages sous-marins : il se trouvait près de l’orifice par lequel s’effectuait le forage lorsqu’une brutale gîte du navire faillit le précipiter dans le vide et il pensa sa dernière heure arrivée.

Les meilleurs souvenirs, il dit ne pouvoir les compter tant ils sont nombreux ; il apprécie le « fun », la camaraderie mais trouve que les rapports entre collègues deviennent trop sérieux.

Constatant que sur les trente dernières années il a passé 17 ans en mer pour 13 ans « at home », il se réjouit d’accéder bientôt à la retraite en Janvier 2018, voulant comme il le dit tuer le travail avant que celui-ci ne le tue. Ceci ne l’empêche pas d’envisager ensuite la création d’une entreprise de portes et clôtures métalliques !

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